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Coup de femme

Ca fait quelques newsletter qu’on vous parle de ressources orientées féministes à droite à gauche, alors nous avons vidé nos étagères pour vous proposer tout le reste d’un coup (promis après on vous fout la paix, enfin, pour un moment).

Histoires de sexisme ordinaire : Le Projet Crocodile (Thomas Mathieu et Juliette Boutant)

Le Projet Crocodile a une place assez particulière pour moi, mais pour vous le faire comprendre, permettez moi de raconter une petite histoire :

J’avais 11 ans, tresse serrée, joues de hamster, poitrine hypothétique, chemisier rouge à rayures. Je prospecte dans le rayon jeunesse de la Fnac (lâchez-moi dans un endroit plein de livres et vous aurez la paix pour la journée). Absorbée par mon rôle de mini Lara Croft des librairies, il me faut quelques minutes pour capter l’homme qui, placé juste derrière moi, susurre des commentaires salaces. Je détale comme un lapin hors du rayon avec l’impression d’être une mouette mazoutée. Je ne remettrai jamais ce chemisier. Cambroussarde, ça n’est qu’en rentrant à l’unif que le problème va se reposer, allant du simple relou insistant au stalker menaçant. Bref, je ne suis pas toujours super à l’aise quand je sors de mon kot.

C’est durant cette période que je découvre le blog Projet Crocodile. Le principe ? Des femmes envoient des témoignages de harcèlement ou de sexisme ordinaire et ces derniers sont mis en image par le dessinateur Thomas Mathieu. A l’époque, la grande majorité des témoignages envoyés se centrent sur le harcèlement (rue, travail,...). Mais on y trouve aussi des témoignages concernant le viol conjugal mais aussi des incompréhensions… La particularité ? Tous les hommes (passants compris) y sont représentés en crocodiles. La représentation en prédateur naturel présente des avantages : elle permet de dégager d’office toute tentative de stigmatisation raciale/sociale, de montrer que du point de vue d’une femme, il est assez compliqué de déterminer quel homme va lui chercher des noises, et quel autre ne bougera pas. De l’aveu de l’auteur, il s’agit également de montrer que tous les hommes sont de ce point de vue, privilégiés du fait de leur sexe. Toutefois, dés le début, le blog ne fait pas dans la misandrie gratuite et on y voit des femmes se comporter de manière au moins aussi infecte que leurs homologues masculins. Cette première phase du blog voit arriver un livre reprenant une partie des témoignages et publiée chez le Lombard.

Aujourd’hui, après une période d’arrêt, le projet Crocodile évolue avec deux auteurs : Thomas Mathieu et Juliette Boutant. Les histoires se sont diversifiés, notamment à travers des collaborations avec des tumblr de témoignages (paye ton tournage, paye ton gynéco,...) et englobent désormais des sujets comme les violences obstétricales. Un second album devrait débarquer courant du mois de septembre 2019.

A l’époque, cette lecture va me mettre dans une colère noire et me pousser à aller à la chasse aux informations et aux stratégies de ripostes. Résultat : à la longue, j’ai beaucoup moins peur, même le soir, parce que oui, ça n’est pas forcément une fatalité (spoiler : il y a un très chouette lien en fin de billet).

Le harcèlement de rue au prisme de l’humour : Et Madmoizelle ! (Yatuu)

Dans un registre plus léger, la dessinatrice Yatuu s’est également attaquée au harcèlement de rue. Pour son album (inspiré de son vécu ou de celui de ses amies), elle s’est focalisée sur un type bien particulier de harcèlement de rue, à savoir, celui perpétré par le relou, cet animal si pittoresque et bigarré qui peut être beauf, carrément vulgaire, verbalement agressif quand on l’ignore, voir même être un poète (oui, oui vous m’avez bien lue). Outre des situations ou chacune pourra se reconnaître, cet album propose quelques solutions à certains cas (genre si un mec, assis en face de vous dans un train commence à vous exhiber ses parties, un pshit de déo bien placé fera l’effet d’un lance-flamme sur une botte de paille).

La même Yatuu est également l’autrice de Pas mon genre (que nous vous avions présenté dans notre newsletter de mai 2018). Et d’Erika et les princes en détresse, une bande dessinée reprenant des comptes en inversant le rôle genré des personnages. Ainsi, c’est la princesse Erika du royaume de Brut, (c’est pas des homelettes!) qui va partir sauver les princes en détresse dont le premier n’est autre que le doux Blanc-en-neige, beau fils du roi Saint-Honoré. C’est drôle, c’est frais et ça fait réfléchir.

Des femmes qui en ont : Les Culottées (Pénélope Bagieu)

« De toute façon des femmes qui ont fait l’histoire y en a pas ! c’est bien la preuve que les femmes elles sont inférieures aux hommes hein ! » Que celui qui n’a pas entendu cette phrase au moins une fois (et eu envie de faire bouffer l’intégrale de Guerre et Paix à son auteur) me jette la première pierre. Plutôt que Tolstoï, mettez plutôt les Culottées de Pénélope Bagieu au menu. Le principe ? Chaque planche est consacrée à une femme ayant « fait ce qu’elle veut ». Et il y en a pour tous les goûts, chef bandit, impératrice de Chine, première journaliste d’investigation, recordwomen mondiale du marathon, rappeuse afghane,… Chaque histoire met en valeur le contexte historico-critique ainsi que les difficultés auxquelles ces femmes se sont retrouvées confrontées, le plus souvent à cause de leur genre et surtout la détermination qui leur a permis d’aller au bout de leurs objectifs. Une lecture qui aide à en finir avec l’invisibilisation des femmes dans l’histoire et qui offre des modèles féminins inspirants (évitez quand même de faire décapiter vos ennemis, c’est mal vu).


Quelques liens pour aller plus loin :

Le site des éditions Zones qui propose en accès gratuit quelques perles comme :
-Non c’est non, d’Irène Zeilinger, un manuel d’autodéfense (physique et verbale) à destination des femmes et que nous devrions toute avoir dans nos bibliothèques
-Beauté fatale, de Mona Chollet, sur les injonctions au culte de l’apparence faite aux femmes.

-Le blog d’Anne-Charlotte Husson, Ca fait genre.

-Les deux ouvrages des CEMEA : « Guide de survie en milieu sexiste », qui démontent, sources scientifique à l’appui des clichés liés au genre. Disponibles sur leur site.


 



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